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C’est cette chanson que fredonnent les jeunes filles et les jeunes hommes qui se rencontrent dans les auberges de jeunesse à la fin des années 1930. Ils attendent des transformations dans leurs conditions de vie au lieu de ce qu’on leur offre le plus souvent, la perspective du chômage, de travaux mal rémunérés ne correspondant pas à leur qualification. Espérance d’autant plus légitime que la plupart des jeunes Français ne peuvent attendre une amélioration de leur statut social! Avec le changement d’orientation politique qui s’annonce en juin 1936, un premier pas vers le bonheur s’amorcerait. Qu’importent les difficultés, les oppositions des partis, des mouvements! Ils parviennent à s’entendre sur un minimum, un début en somme. Un élan démarre, certains le chantent. Mais que pensent les autres Français dans leur variété de conditions, d’opinions? Le bonheur, notion bien personnelle, peut-il se décider par des actes politiques et sociaux, par la mise en marche de ces travailleurs, de ce peuple de gauche qui exulte le 14 juillet 1936? Les militants d’opinions diverses qui se réclament du Front populaire s’accordent sur la nécessité de modifier les orientations de la politique passée qui a échoué et a entraîné des compromissions périlleuses. Et pourtant quelques mois après, les désillusions commencent à s’accumuler. Reste-t-on «au-devant du bonheur» face aux grandes espérances suscitées par les hommes et les femmes du Front populaire? La dignité populaire restaurée ne pourra désormais que très difficilement être remise en question et un nouvel état d’esprit, souvent confusément exprimé, entretenu par la mémoire de ces événements tend à sanctifier les mesures prises pendant ces quelques mois dans divers domaines. En cela, on entre dans une époque où le bonheur apparaît comme possible pour toutes les composantes populaires. Certes il ne suffit pas de décréter des réformes pour qu’elles connaissent un effet immédiat. Pendant longtemps toutefois on se souviendra des quelques mois succédant à des luttes intenses sur plusieurs fronts. Il s’agit pour nous de revisiter ces aspirations avec des interrogations réévaluées. La marche vers le bonheur des sociétés humaines ne peut rester figée aux simples manifestations des acteurs. La mise en branle de l’ensemble de la société ne peut se résumer par quelques mesures phares de la période. De nombreuses questions surgissent dans les multiples strates de la société française qui aspirent au bonheur. S’attarder sur la période du Front populaire nous amène à privilégier les impulsions des plus démunis sans négliger les autres. La question d’une ouverture vers le bonheur reste le fil conducteur des pages qui suivent. La retombée des espérances puis la tragédie guerrière diffèrent les effets, mais ne détruisent pas ce rêve, devenu pour un court temps, une possibilité partielle pour la plupart des milieux populaires. |
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